dimanche 5 juillet 2020

On m’a dit que je pouvais t’écrire


Toutes ces lettres que je t’écris dans mon cœur,
Que tu ne liras pas, qui sans un cri y meurent ;
Tous ces appels muets que je te passe en rêve,
Que tu n’entendras pas, puisqu’au jour ils en crèvent ;
Tous ces regards, sourires, et ces lointains reproches
Que l’on ne guérit pas, en moi te gardent proche.


jeudi 12 avril 2018

Gaïa

Sait-on vraiment ce qu'est la rose 
Quand on la sent ou qu'on la cueille, 
Mais qu'on ne l'offre toute éclose 
Qu'à l'occasion sur un cercueil ? 

Que connaît-on de cette pluie 
Sous laquelle on a succombé 
Au baiser fou d'elle, ou de lui, 
Mais qui, sans nous, peut bien tomber ? 

Et que retient-on de la terre 
Quand on s'y est un peu roulé 
De colère ou bonheur saoûlé, 
Mais que rien n'a poussé que l'air ? 

Moi ; que voyais-je de la vie 
Quand, seulement, je lui passais 
Au travers, au gré des envies, 
Mais qu'encor je ne la portais ?

mardi 16 janvier 2018

(D)échéance

Ne vois-tu rien venir
Au loin, des yeux, du cœur,
Au sein des cieux moqueurs
Qu'un brumeux avenir ?

Ne sens-tu se lever
Un beau matin le vent,

Comme sa main l'enfant
Qui souhaite réciter ?

Ne sais-tu dire pourquoi,
Comment, malgré les signes
On est souvent indigne
De nos dernières fois ?


C'est que les agonies
Ne seraient pas si belles
Si, au dernier rappel,
On trompait l'ironie.

lundi 15 janvier 2018

#BalanceTonCorps

Une voix sans issue
Qui, au secours se porte
Apporte aussi, importe
Un peu, à son insu.

Au sens dessous dessus,
Du caché faisant voix
Et feu d'un ancien bois,
Reviennent les déçues.

Il était une voix
Blanche comme un tissu
De mensonges trop sus,
De noms-dits qu'une fois.

A défaut d'être fortes,
Au moins entr'aperçues,
Le message est reçu
Que les filles s'exhortent.

lundi 20 mars 2017

Erosion

Quand j'eu finis de nier l'absence d'avenir,
Pour chercher plus encore à te faire renaître,
Je poussai chaque jour la porte d'un palais
Désolé, amas creux de vaines poussières
Qu'un temps avait construit, effondré à la fois,
Comme il faisait plages les hauts monts d'autrefois.


Te voici! Ou ta voix? Plus lointaine qu'hier...
Toi : plus pâle qu'une dentelle de Calais...
Cher ami ; cher amour que j'eusse aimé connaître ;
Cher souvenir de toi, dont je vais revenir.



jeudi 22 décembre 2016

Histoires Courtes - Stage Recherche "Culture en Milieu Rural" par le MRJC (17-21 décembre 2016)

Miroir Rurbain


- Julien, quarante-cinq ans, est ingénieur à Paris. Il vit avec ses deux enfants dans le 17ème. Arrondissement, hein, pas siècle ! Le 17ème siècle, ce serait plutôt le village de ses parents : Paulette, soixante-huit ans et Gérard, soixante-dix ans. Ils vivent depuis toujours à Giel-Courteilles, dans l'Orne. Là-bas, il n'y a rien à faire ; c'est la campagne, quoi ; on s'ennuie beaucoup. On est seul, et ça pue.

* Paulette, soixante-huit ans et Gérard, soixante-dix ans sont retraités à Giel-Courteilles. Leurs deux petits-enfants vivent avec leur papa à Paris dans le 17ème. Ou le 5ème ? Enfin, c'est pareil. Il est ingénieur, alors toute la petite famille est depuis des années à Paris, pour le travail. Là-bas, il n'y a rien à faire ; c'est la grande ville, quoi ; on s'ennuie beaucoup. Ah ! ça oui, on est seul, et puis ça pue !

- Ses parents ne s'intègrent pas trop : leur passion, c'est la marche à pieds. Il y a bien un club de marcheurs à Giel mais ce n'est pas pour eux ; cela coûte trop cher pour leur maigre retraite. 

* Leur fils ne s'intègre pas trop : sa passion, c'est la photo. Il a bien des clubs de photographes à Paris mais ce n'est pas pour lui ; ce qu'ils font ne vaut pas cher à ce qu'il dit.

- Alors ils marchent toute l'année, tous les deux, main dans la main, depuis cinquante ans, entre les haies, près des feuilles, frôlant les écorces. 

* Alors il revient pour les vacances, et pendant que les petits courent partout, il prend en photo les haies, une feuille, parfois il ramène un bout d'écorce.

Quoiqu'il arrive, leurs pas les ramènent toujours chez eux.

Deux sons de cloche

      Amélie est nouvelle à Giel-Courteilles ; elle est fonctionnaire et a fait ses études de secrétaire dans le Sud, dont elle est originaire, et la voici depuis quelques années débarquée en Normandie où elle va de mairie en mairie, de village en village, de temps partiel en temps partiel.
Aujourd'hui, c'est le deuxième dimanche de décembre et pas âme qui vive à Giel. Amélie décide de tromper l'ennui en allant visiter l'église de Giel, dont la crèche est réputée pour son détail et ses dimensions rares en France, surtout pour une si petite commune. En arrivant, elle rencontre André et son épouse Jeanne qui quittent les lieux, non sans avoir laissé un petit mot dans le livre d'or à l'attention des bénévoles qui font vivre depuis plus de trente ans cette fameuse crèche qui fait la fierté des villageois. La conversation s'engage entre notre nouvelle venue et nos deux anciens :

- "Autrefois, à Giel, il y avait un curé ; le curé de la paroisse. Mais ce n'est plus comme ça, maintenant, ils en mettent un seul pour sept ou huit communes, alors comment voulez-vous? Eh oui, ça c'est embêtant, du coup les gens ne vont plus à la messe! Explique André.

- Maintenant, il faut aller jusqu'à Argentan au moins, une fois par semaine, en voiture... Renchérit Jeanne.

- Pour la messe? Demande Amélie.

- La messe? Mais non, pour les courses !

- Euh... Les courses?

- Ben oui ! Puisque les gens ne vont plus à la messe, il n'y a plus de sortie de messe! Et le boucher, où est-ce qu'il va vendre sa marchandise? Avant, il montait son étal à la sortie de la messe, et comme ça, il vendait à cinquante personnes d'un coup. Aujourd'hui, il ne peut plus. Alors il a mis la clé sous la porte.

- Je vois. Et la première boucherie...

- ... est à Argentan. Au supermarché. Ça fait loin !

- Obligés d'y aller en voiture. Complète Jeanne.

- C'est vrai que ça fait loin. Finalement, ce qui vous manque c'est un supermarché qui soit plus près.

Les deux anciens se taisent et se regardent, abasourdis.

- Mais non, vous n'avez rien écouté? C'est un curé qu'il nous faut !

samedi 30 juillet 2016

Exode

Que manque-t-il à nos esprits
Qui les transporte aux premiers vents
Loin des chemins, des champs, des rues
Qu’ils n’ont pas encor parcouru
A force d’aller droit devant
En attendant d’être surpris ?

Que manque-t-il à nos mémoires
Qui ne retiennent du voyage
Que la marche vers l’avenir
En construisant des souvenirs
Les yeux fermés aux paysages
Qu’elles traversent sans les voir ?

Que manque-t-il à nos bonheurs
Qui ne s’épanouisse à nos pieds
Qui ne soit dit par la mésange
Aussi bien que chantent les anges
Que persistons-nous à épier
Qui ne soit déjà dans nos cœurs ?


vendredi 29 juillet 2016

Une fois

N'avoir qu'une rencontre pour


Tenter ma chance
A ton jeu
 Dédier mes doigts
A tes vœux
 Chauffer nos voix
A ce feu
 Passer en transe
A l’aveu


C’est le courage d'oser, un jour


Murmurer aussi près
Que les cieux
 Voyager aussi loin
Que nos yeux
 Se pardonner pas moins
Que les Dieux
 Se faire aussi discret
Qu’un adieu

mercredi 9 décembre 2015

Aspiration

Je t’aperçois au loin, ma belle insaisissable
Qui trouble l’horizon de tes pas poussiéreux
J’ai marché tout le jour sous le soleil fiévreux
Et je tombe à genoux, harassé, dans le sable

Accorde-moi au moins quelques heures de trêve
Un refuge incolore dans la nuit paisible
Un repos indolore dans cet invisible
Où tu déserteras le moindre de mes rêves

Demain, je serai là quand tu seras partie
Je me relèverai devant ton souvenir
Et je tendrai la main pour la tienne saisir
Je poursuivrai toujours ton visage : Utopie


jeudi 17 juillet 2014

Paix à tes Os

L'épreuve la plus dure est celle de l'hommage
Non à son confident ni à l'ami intime
Mais à celui vers qui se porte notre estime
Et dont le souvenir n'est qu'un fragment d'image.

"Tu n'as pas vraiment d'âge. On m'a bien rapporté
Que le dévergondage et la vie de bohème
Ont ratissé ton corps, et qu'un beau chrysanthème
A fleuri dans ta gorge, où tu l'as implanté.

Aussi, à chaque fois que ta gueule se fend
Un papillon froissé au doux parfum de cendre
S'échappe de tes lèvres, avant de redescendre
A l'esgourde ahurie d'un public étouffant.

Puisque tu mens la nuit, tu nous promets une heure
Pour en arracher trois et les subtiliser
- Que le concert devienne généralisé ! -
Et tes mots nous tourmentent jusqu'à l'intérieur."

vendredi 30 mai 2014

Hors des Ornières

Mon sourire sous la crinière,
C'était un cri de rébellion ;
J'étais une enfant un peu fière
Quand j'aurais dû naître Lion.

Ma force a grandi sans mon corps,
Devenu sa contrefaçon ;
J'étais un fragile décor
Quand j'aurais dû croître Garçon.

Mon cœur n'a pu prendre son vol,
Il a heurté trop de rideaux ;
J'étais percluse sur le sol
Quand j'aurais dû vivre en Oiseau.

Mon rire reprenant ses forces,
Mon cœur s'envole dans nos corps ;
Une bombe qu'on désamorce,
Quand je choisis d'être Centaure.



*Merci, Noémie, pour ton regard d'orfèvre sur ce texte :)*

vendredi 28 février 2014

Young Years

« Un violoncelle, en bandoulière contre un cœur
Frémis ; ensemble, sous une poitrine et sur
La poitrine, sous la peau vierge de censure,
Ils tremblent ; c’est toi, cette douce rumeur.

Mes cheveux sous le vent, et les tiens sous mes yeux
Se mélangent ; ensemble, ils volent dans ma bouche
Ouverte et attentive, offerte sous la douche,
Je bois à perdre haleine ; c’est toi, ce cri joyeux.

Comme toutes ces ondes, entière et sonore,
J’ondule ; entre lune et soleil, pleine saison
Des vies, je ne peux m’empêcher, car sans raison
Ni vice ; je suis un bruit, un sexe ; l’aurore. »


mercredi 9 octobre 2013

La Proche

C’est le lait qui s’écoule du sourire sucré
D’un nourrisson béat, posé sur une épaule,
Aveuglé du soleil qu’Octobre a dérobé
A Juin, pour réchauffer ses pauvres chats qui miaulent.

C’est le petit dragon tout fait d’or et d’épices
Qui s’agite au dessus d’une barque lustrée,
Exhalant sa fumée comme un heureux auspice
Qu’il entremêle aux flammes des bougies vitrées.

C’est le château-jardin aux tapis de verdure,
Aux sculptures florales et tentures de feuilles,
Des feuilles et des fleurs qui font même les murs,
Et ne verrons jamais une main qui les cueille.

Pas de fils d’orpheline dans le doux automne,
Ni encensoir rouillé de Seigneur Vermoulu ;
Pas  de tombe fleurie qui, déjà, s’abandonne ;

Rien, que le simple exil d’une tante inconnue.

mardi 11 juin 2013

V pour Vision

Valsant sous les néons, qu’il croit des météores,
Irradie sous mes yeux un être de légende ;
Vapeur livide-ardente, un halo d’étincelles
Illumine son teint pâle de farfadet.
Alors, je lui dis : « oui » ! Et ses mains m’ensorcellent,
Ne laissant sur ma peau, où mes plaisirs attendent
Encore son retour, qu’une lueur sonore.

lundi 4 février 2013

Coulisses


Comme il devenait homme, au sortir de l'enfance,
La nature oppressait tant sa chair que ses os ;
Il prit de la hauteur en se brisant le dos,
Et se trouva géant, assailli de souffrance.

Alors, domptant son corps aussi bien que sa gêne,
Il les para tous deux de tissus, de bijoux ;
Il maquilla  ses yeux, ses lèvres et ses joues,
Et entra au théâtre pour monter sur scène.

Ainsi, il s'échappa de l'enfer quotidien,
Il redevint agile, souple comme un gosse ;
Il n'était plus question pour lui d'être un colosse,
Puisqu'il choisit lui-même d'être comédien.




jeudi 6 décembre 2012

Tragédie


Aux cieux, c’est ce jour l’alliance souveraine
D’un digne fils d’Eole, un fougueux Aquilon,
Avec la plus jeune des brises du domaine,
Héritière des Bises, altesse en sa région.

Son corset l’asphyxie, ses jupes la tourmentent ;
La promise est fébrile et va porter sans cesse
Ses mains à son visage, à sa bouche tremblante,
Au collier qui rehausse son cou de princesse…

C’est un gage d’amour que ce bijou divin ;
Les perles sont en glace très pure, alignées
Sur trois rangs délicats d’un fil arachnéen,
Qu’elle harasse si bien qu’il vient à se briser !

Son cri désespéré poursuit la longue chute
Des gouttes ouvragées qui percent les nuages
Pour fondre sur le sol par milliers, et chahutent
Comme autant de piverts enhardis et sauvages.

Son hurlement d’effroi n’arrive pas à temps
Pour prévenir les hommes du drame éphémère ;
Car les grêlons, déjà, meurent en combattants
Sur les trottoirs si froids, sous ce coup de tonnerre.

samedi 15 septembre 2012

Promenade


Flânant dans les allées paisibles d’un jardin
Dont les hôtes dormaient sous un linceul glacé,
Un couple d’âge mûr devisait du passé :

« Je n’ai pas eu d’enfant, car j’ai eu un miroir !
Un beau portrait vivant, à mon exacte image,
Un double aussi sublime et radieux qu’un mirage ;
Quand il se brisa, je le laissai au tiroir. »

« Je n’ai pas eu d’enfant, car j’ai eu un insigne !
Premier prix exposé dans ma vaste vitrine,
Parmi les trophées, dans un écrin de feutrine ;
Je l’oubliai dans l’ombre quand il fut indigne. »

Ainsi, au fil des cordes plongeant dans la terre
Glissaient les paroles des époux solitaires,
S’éloignant du cercueil d’un enfant anodin.


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lundi 30 juillet 2012

Rêve-moi seulement


Retiens-moi prisonnière de tes doigts agiles,
Petite fée gracieuse, légère et fragile,
Et je m’insinuerai sous tes ongles polis
Comme un poison insidieux de mélancolie.

Respire-moi longtemps par ta bouche accueillante,
Petite fumée blanche, aérienne et piquante,
Et j’envahirai tout, ta gorge et ta poitrine,
Ne laissant dans ta voix qu’une inflexion chagrine.

Observe-moi briller à travers ton regard ,
Petite flamme douce, ardente à ton égard ;
Et je te charmerai par mes allures tendres
Pour brûler ton âme jusqu’à l’état de cendre.

Ecoute-moi chanter en notes cristallines,
Petite mélodie innocente et câline,
Et ma voix hantera tes pensées et tes rêves
Harcelant ton esprit infiniment, sans trêve.

Je dévore la moelle des cœurs, et leur crème,
Affamée de conscience et de pensées extrêmes,
Malgré les défenses, franchissant les grillages,
Un parfum d’absolu trainant dans mon sillage…

dimanche 29 avril 2012

Fable : L'Oiseau chez les Écureuils


Il était une fois, dans un arbre sans feuille,
Un oisillon sans plume échoué sur une branche.
Il se sentait faible, sa peau devenait blanche,
Quand il tomba soudain dans un nid d’écureuils.

Il rencontra céans un couple de rouquins
Qui se désespérait de n’avoir de petit.
Aussitôt, dans leurs bras, l’oisillon se blottit ;
Et le nouveau foyer remercia le destin.

Les ravissants rongeurs élevèrent l’oiseau
Comme ils l’auraient fait pour tout petit ordinaire.
Il devint, pour leur joie, l’écureuil exemplaire,
Qu’ils avaient voulus dans leurs rêves les plus beaux.

L’oiseau semblait heureux dans la communauté
D’écureuils dans laquelle il vivait, simplement.
Mais il pensait parfois, sans trop savoir comment,
Au ciel et aux nuages, qu’il voulait visiter…

Ses compagnons de branches ne comprenaient pas
Qu’un arbre ne suffise à combler ses désirs ;
Ils disaient que l’écorce était le seul plaisir
A chercher en ce monde, et ce jusqu’au trépas.

Il prit de plus en plus conscience de ses ailes,
Du poids qu’elles pesaient sur son corps et son âme ;
Un jour qu’il ne pouvait plus ignorer ce drame,
L’oiseau les déploya, et s’appuya sur elles…

Nul ne sait si l’oiseau s’éleva dans les airs
Ou s’il chuta au sol ; jamais il ne revint.
Qu’elle qu’ait été l’issue, cela ne fut pas vain ;
Il était libéré de sa vie de misère.

lundi 5 mars 2012

Transparent

Elle accroche à sa bouche des mots ciselés,
Comme autant de bijoux sur sa gorge effilée
De môme médiocre, qui aimerait éclore ;
Quelques-uns la méprisent, le reste l’ignore.

Elle orne de dentelles ses moindres tournures,
Comme elle dissimule les égratignures
Sur ses genoux ingrats qui souvent se dérobent
Par des broderies fines, au bas de ses robes.

Elle farde ses paroles comme son image,
Assurant sa survie pendant qu’elle ravage
Son âme, proie de son paradoxe aberrant ;
Importer en ce monde en étant transparent.